Réfugiés: Le dangereux périple vers l’Europe

Publié le Middle East Eye, 17/09/2015. Traduction de l’anglais (original)


Si cela vient juste d’attirer l’attention du public, la route vers l’Europe qui traverse les Balkans est toutefois dangereuse depuis longtemps.

En juin, le gouvernement macédonien a introduit un laissez-passer de 72 heures permettant aux réfugiés de traverser librement le pays. Avant cela, les vastes étendues de champs et de forêts qui s’étendent de la Grèce à la Macédoine étaient sous le contrôle des gangs de passeurs. Les passages à tabac, les agressions et les enlèvements étaient fréquents. La complicité de la police était un secret de polichinelle pour les réfugiés et la population locale.

Pour beaucoup de réfugiés, cependant, payer des passeurs pour les emmener en Europe était la seule option. Ils ont marché pendant des kilomètres, se frayant un chemin le long des voies ferrées européennes. Plusieurs dizaines d’entre eux ont été blessés ou tués par le passage des trains. Ceux qui ont survécu ont été chargés dans des trains et parqués comme du bétail.

Fayçal et Marwan ont tenté de franchir la frontière gréco-macédonienne en mai.

Fayçal, ancien combattant de l’Armée syrienne libre, a quitté la Syrie pour le bien de sa famille et a tenté de traverser la frontière à plusieurs reprises.

Un jour, après trois heures de randonnée à travers la dense forêt macédonienne avec onze autres réfugiés syriens, son groupe a été pris en embuscade par un groupe armé.

« Ils ont tout pris à mon ami, ils voulaient nous tuer. Mais nous nous sommes battus. Je ne voulais pas mourir ici après avoir survécu dans mon pays. »

Le gang était armé, et lorsque le groupe a fui, un des Syriens a été blessé par une balle qui a frôlé sa tête. Ils se sont cachés dans le creux d’un arbre pendant six heures, avant de se risquer finalement à en sortir.

Après des heures de marche, le groupe est tombé sur des policiers macédoniens, qui ont indiqué avoir déjà entendu parler de l’embuscade, a raconté Fayçal à Middle East Eye.

Les réfugiés ont supplié la police de les aider, en vain. Ils ont décidé de retourner en Grèce afin d’y demander une aide médicale pour leur ami blessé.

Après de nombreuses nouvelles tentatives, Fayçal a finalement atteint la Suède début juillet.

Marwan a également eu du mal à passer la frontière.

Il a quitté Falloujah, l’une des villes irakiennes les plus touchées par le conflit, afin de travailler en Turquie. Après avoir vécu et travaillé pendant deux ans dans le sud de la Turquie, il a décidé de fuir vers l’Europe.

Il est arrivé en Grèce en mars.

Pendant deux mois, Marwan a tenté de franchir la frontière gréco-macédonienne, mais il a été capturé à chaque fois et battu, soit par des gangs s’attaquant aux réfugiés, soit par la police.

Finalement, Marwan a trouvé un passeur qui a promis de l’emmener en Serbie avec un groupe d’autres réfugiés. Il est monté à bord du train de marchandises contrôlé par les passeurs à Gevgelija, dans le sud de la Macédoine.

Cela coûtait 700 euros par personne.

Marwan et de nombreux autres réfugiés sont restés enfermés pendant dix heures dans le wagon sans air et sans fenêtres. Avant le départ du train, la porte s’est ouverte et un policier macédonien, muni d’une lampe de poche, a regardé les réfugiés terrifiés qui se trouvaient à l’intérieur. Satisfait, il a fermé la porte ; Marwan a expliqué à MEE que l’homme faisait semblant d’observer un wagon vide.

Après quelques heures, le train est arrivé à sa destination : la gare d’Idomeni, soit un retour en Grèce. Les réfugiés avaient été arnaqués.

Marwan est finalement arrivé en Autriche au bout de sa 26e tentative.

En juin, l’existence d’un gang de kidnapping de réfugiés opérant en Macédoine a été révélée par la presse ; leur activité aurait été facilitée par les autorités et la police locales, a-t-on rapporté.

Face aux critiques des ONG locales et à l’attention portée par la communauté internationale sur les dangers rencontrés par les réfugiés, la Macédoine a délivré un permis de 72 heures permettant aux réfugiés de voyager en sécurité.

Toutefois, la décision prise par la Hongrie de sécuriser ses frontières avec la Serbie avec un mur de 175 km a eu un résultat immédiat, mais pas celui escompté, puisque les réseaux de passeurs et les criminels se sont déplacés vers le nord, pour répondre aux besoins des réfugiés recherchant d’autres moyens de traverser la frontière.

Pour l’article original voir ici.
Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.

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